
Dans ce cours d’allemand de 2de, tu découvres 1968 en Allemagne, l’année où une partie de la jeunesse se dresse contre ses aînés. D’abord, tu comprends pourquoi les étudiants descendent dans la rue. Ensuite, tu apprends à poser des questions sur le passé, comme ces jeunes le faisaient avec leurs parents.
1968 en Allemagne : découvrir la révolte des jeunes en cours d’allemand de 2de
À la fin des années 1960, l’Allemagne de l’Ouest, la Bundesrepublik Deutschland, se porte bien. L’économie tourne à plein et les familles achètent des voitures et des téléviseurs. On parle de « miracle économique », das Wirtschaftswunder. Pourtant, beaucoup de jeunes se sentent étouffés. Ils trouvent la société trop autoritaire, trop rigide et surtout trop silencieuse sur son passé.
Ce malaise éclate d’abord dans les universités. En effet, les étudiants critiquent des professeurs tout-puissants et des cours restés figés. À Hambourg, en novembre 1967, deux étudiants déploient une banderole devant les professeurs en toge : „Unter den Talaren – Muff von 1000 Jahren“. Sous les toges, disent-ils, se cache une odeur de renfermé vieille de mille ans. Le chiffre n’est pas choisi au hasard : il rappelle le « Reich de mille ans » promis par les nazis.
Pourquoi la jeunesse se révolte-t-elle ?
Les raisons sont nombreuses. D’abord, depuis 1966, les deux grands partis gouvernent ensemble : c’est la grande coalition, die Große Koalition. Il n’y a donc presque plus d’opposition au Bundestag. Les jeunes organisent alors une opposition hors du Parlement, die Außerparlamentarische Opposition, qu’on appelle simplement la APO.
Ensuite, beaucoup d’étudiants protestent contre la guerre que les États-Unis mènent au Vietnam. Ils manifestent aussi contre les lois d’urgence, die Notstandsgesetze. Votées le 30 mai 1968, elles permettent de limiter certains droits en cas de crise grave. Enfin, ils reprochent à une grande partie de la presse conservatrice de dresser l’opinion contre eux.
Le 2 juin 1967, tout bascule. À Berlin-Ouest, des étudiants manifestent contre la visite du chah d’Iran. Un policier tire sur un étudiant de 26 ans, Benno Ohnesorg, qui meurt sur le coup. Ce choc radicalise le mouvement dans toute la République fédérale. Désormais, on parle d’une véritable « révolte étudiante », die Studentenrevolte.
Wortschatz
| Deutsch | Français |
|---|---|
| die Studentenbewegung | le mouvement étudiant |
| die Demonstration, die Demonstrationen | la manifestation |
| demonstrieren gegen + Akk. | manifester contre |
| das Transparent, die Transparente | la banderole |
| die Generation, die Generationen | la génération |
| der Generationenkonflikt | le conflit des générations |
| die Vergangenheit | le passé |
| schweigen (schwieg, geschwiegen) | se taire |
| das Schweigen | le silence |
| die Autorität | l’autorité |
| sich wehren gegen + Akk. | se défendre contre, résister à |
| verändern | changer, transformer |
« Traut keinem über 30 ! » : le conflit des générations
Le slogan „Traut keinem über 30!“ signifie « Ne faites confiance à personne de plus de trente ans ». Il vient des États-Unis, mais il prend en Allemagne un sens particulier. En effet, les parents des étudiants étaient adultes sous le nazisme. Certains ont été soldats, fonctionnaires ou membres du parti nazi. Or, à la maison, on n’en parle presque jamais.
Les jeunes posent donc des questions directes : „Was hast du im Krieg gemacht?“ ou „Hast du von den Lagern gewusst?“. Souvent, ils n’obtiennent que le silence, das Schweigen. Ce silence les révolte d’autant plus que d’anciens nazis occupent encore des postes importants. Par exemple, le chancelier Kurt Georg Kiesinger, au pouvoir de 1966 à 1969, avait été membre du parti nazi. De plus, le grand procès d’Auschwitz, à Francfort, a montré entre 1963 et 1965 ce que des hommes ordinaires avaient fait.
Définition
Le Generationenkonflikt est le conflit entre deux générations qui ne partagent plus les mêmes valeurs. En 1968, il oppose des jeunes nés pendant ou après la guerre à des parents qui l’ont vécue en adultes. Par exemple : Der Generationenkonflikt war 1968 besonders stark.
Lieber Papa, gestern war ich wieder auf einer Demonstration. Wir haben gegen den Krieg in Vietnam und gegen die Notstandsgesetze protestiert. Du sagst immer, dass wir undankbar sind. Aber ich möchte endlich wissen, was du zwischen 1933 und 1945 gemacht hast. Warst du in der Partei? Hast du etwas gewusst? Immer wenn ich frage, wechselst du das Thema. Dieses Schweigen kann ich nicht mehr ertragen. Ich will dich nicht verurteilen, ich will dich verstehen. Deine Karin
Lettre fictive d’une étudiante de Francfort, mai 1968, écrite pour allemand-pdf.fr.
Achtung !
Dans le slogan, trauen signifie « faire confiance » et se construit avec le datif : Ich traue dir. C’est pourquoi on dit keinem, datif de keiner. Ne le confonds pas avec sich trauen, « oser » : Sie traut sich nicht, ihren Vater zu fragen.
Rudi Dutschke, la voix du mouvement
Rudi Dutschke [roudi doutch-ke] est la figure la plus connue de 1968 en Allemagne. Né en 1940 dans le Brandebourg, il grandit en RDA. En 1961, il passe à Berlin-Ouest, juste avant la construction du Mur. Il étudie ensuite la sociologie à la Freie Universität. C’est un orateur brillant, capable de parler des heures devant des amphithéâtres bondés.
Le 11 avril 1968, sur le Kurfürstendamm, un jeune ouvrier hostile aux étudiants lui tire dessus. Dutschke est grièvement blessé à la tête. Aussitôt, pendant les fêtes de Pâques, des milliers de jeunes manifestent dans tout le pays. Dutschke survit, mais il doit réapprendre à parler et à lire. Il meurt en 1979, des suites de l’attentat.
Grammaire : poser des questions sur le passé
Pour rapporter une question, on utilise l’interrogative indirecte. Elle permet de dire « je voudrais savoir si… » ou « dis-moi ce que… ». C’est exactement ce que font les jeunes de 1968 face à leurs parents.
Règle
L’interrogative indirecte est une subordonnée : le verbe conjugué va à la fin, et une virgule la sépare de la principale. Pour une question fermée (réponse oui ou non), on emploie ob. Pour une question ouverte, on garde le mot interrogatif : was, warum, wo, wann, wie, wer.
Beispiel
Warst du in der Partei? → Ich möchte wissen, ob du in der Partei warst.
Warum schweigst du? → Ich verstehe nicht, warum du schweigst.
Wo hast du 1945 gewohnt? → Erzähl mir, wo du 1945 gewohnt hast.
Règle
Pour dire « contre », on emploie gegen, toujours suivi de l’accusatif : gegen den Krieg, gegen die Gesetze, gegen das System. On dit ainsi Die Studenten demonstrieren gegen den Krieg.
Que reste-t-il de 1968 ?
Le mouvement s’essouffle dès 1969, mais il laisse des traces profondes. Cette année-là, Willy Brandt devient chancelier. Il promet alors d’« oser plus de démocratie » : „Mehr Demokratie wagen“. Ensuite, les universités se réforment et l’éducation devient moins autoritaire. Surtout, le dialogue sur le passé nazi s’ouvre peu à peu dans les familles et à l’école.
Cependant, une petite minorité choisit la violence. Dans les années 1970, la Fraction armée rouge, die RAF, commet des attentats meurtriers. Aujourd’hui encore, les Allemands débattent donc de l’héritage de 1968. Pour donner ton avis, tu peux dire : Einerseits haben die Studenten die Gesellschaft verändert, andererseits waren manche zu radikal.
À retenir
- En 1968, une partie de la jeunesse ouest-allemande se révolte contre l’autorité et contre le silence sur le nazisme.
- La mort de Benno Ohnesorg (2 juin 1967) et l’attentat contre Rudi Dutschke (11 avril 1968) marquent le mouvement.
- Le slogan „Traut keinem über 30!“ résume le conflit des générations ; trauen se construit avec le datif.
- L’interrogative indirecte : ob ou mot interrogatif, virgule, verbe conjugué à la fin.
- gegen est toujours suivi de l’accusatif.
Pour aller plus loin
Entraîne-toi avec les exercices sur 1968 en Allemagne, puis vérifie tes connaissances grâce au QCM sur la révolte de la jeunesse. Ensuite, pour comprendre comment l’Allemagne a affronté son passé, lis le cours sur l’Aufarbeitung der Vergangenheit. Enfin, pour une vision plus apaisée des relations entre générations, découvre les maisons multigénérationnelles.

