
Ce cours d’allemand de 1ère retrace l’exil des artistes qui ont fui le IIIe Reich à partir de 1933. D’abord, vous suivez les parcours de Thomas Mann, de Bertolt Brecht et de Marlene Dietrich. Ensuite, vous découvrez l’Exilliteratur et ce que signifie écrire loin de sa patrie.
L’exil des artistes en 1933 : le point de départ en 1ère
Le 30 janvier 1933, Hitler arrive au pouvoir. Quelques semaines plus tard, le soir du 27 février, le Reichstag brûle. Le régime en profite aussitôt pour arrêter ses opposants. Puis, le 10 mai 1933, des étudiants brûlent les livres d’auteurs jugés « non allemands ». Ainsi, pour les artistes juifs, communistes, socialistes ou simplement critiques, l’Allemagne devient dangereuse.
Des milliers d’écrivains, de peintres, de musiciens, d’acteurs et de cinéastes partent donc à l’étranger. Beaucoup perdent aussi leur nationalité : le régime publie des listes de personnes déchues (die Ausbürgerungslisten). Sans passeport, chaque frontière devient alors un obstacle.
Définition
Das Exil désigne le fait de vivre hors de son pays parce qu’on y est menacé. On dit ins Exil gehen (partir en exil) et im Exil leben (vivre en exil). La personne s’appelle der Emigrant ou die Emigrantin.
Les premières destinations sont proches : Prague, Vienne jusqu’en 1938, Zurich, Amsterdam ou Paris. Sanary-sur-Mer, un petit port du Var, accueille aussi de nombreux écrivains allemands, comme Lion Feuchtwanger. Cependant, en 1940, la défaite de la France change tout. Beaucoup d’exilés sont internés, par exemple au camp des Milles, près d’Aix-en-Provence. D’autres fuient par Marseille et les Pyrénées jusqu’à Lisbonne, puis prennent le bateau pour New York.
Trois parcours : Thomas Mann, Bertolt Brecht, Marlene Dietrich
Thomas Mann, la voix de l’autre Allemagne
Thomas Mann reçoit le prix Nobel de littérature en 1929. En février 1933, il part à l’étranger pour une tournée de conférences et ne revient pas. D’abord, il s’installe en Suisse, près de Zurich. En 1936, le régime le déchoit de sa nationalité. Deux ans plus tard, il émigre aux États-Unis, puis s’établit en Californie. À partir de 1940, il parle aux Allemands à la radio : la BBC diffuse ses discours „Deutsche Hörer!“. Après la guerre, il ne revient pas vivre en Allemagne. Il retourne en Suisse en 1952 et meurt près de Zurich en 1955.
Bertolt Brecht, l’exil d’un dramaturge
Le dramaturge Bertolt Brecht quitte Berlin le 28 février 1933, au lendemain de l’incendie du Reichstag. Après plusieurs étapes, il vit au Danemark de 1933 à 1939. Ensuite, il passe en Suède, puis en Finlande. En 1941, il rejoint la Californie. En exil, il écrit pourtant certaines de ses pièces les plus connues, comme „Mutter Courage und ihre Kinder“ (1939). En 1947, il est interrogé par une commission du Congrès américain sur les « activités antiaméricaines ». Il quitte alors les États-Unis pour Zurich. En 1949, il s’installe à Berlin-Est, où il fonde le Berliner Ensemble avec l’actrice Helene Weigel.
Marlene Dietrich, une star contre le régime
Marlene Dietrich naît à Berlin en 1901. En 1930, le film „Der blaue Engel“ la rend célèbre, et elle part aussitôt pour Hollywood. Le régime nazi aimerait la faire revenir, mais elle refuse. En 1939, elle devient citoyenne américaine. Pendant la guerre, elle chante pour les soldats américains, souvent près du front. Elle meurt à Paris en 1992 et elle est enterrée à Berlin, sa ville natale.
Beispiel
Marlene Dietrich lehnte alle Angebote aus Berlin ab und wurde 1939 amerikanische Staatsbürgerin. – Marlene Dietrich refusa toutes les offres venues de Berlin et devint citoyenne américaine en 1939.
L’Exilliteratur : écrire loin de la patrie
On appelle Exilliteratur les œuvres écrites par les auteurs qui ont fui le nazisme entre 1933 et 1945. Par exemple, Anna Seghers publie en 1942 le roman „Das siebte Kreuz“, l’histoire de sept prisonniers évadés d’un camp. Son roman „Transit“ se déroule à Marseille, parmi des réfugiés qui attendent un visa. De son côté, l’Autrichien Stefan Zweig écrit ses souvenirs, „Die Welt von gestern“, publiés en 1942 après sa mort au Brésil.
Écrire en exil pose des problèmes très concrets. D’abord, l’auteur perd la plupart de ses lecteurs, car ses livres sont interdits en Allemagne. Ensuite, il faut trouver un éditeur : à Amsterdam, par exemple, la maison Querido publie de nombreux auteurs exilés. De plus, la langue devient un enjeu. Beaucoup continuent d’écrire en allemand, car c’est leur seul véritable outil. Enfin, le mal du pays, l’argent qui manque et l’attente des papiers pèsent sur le quotidien.
Sanary-sur-Mer, im Juni 1935
Liebe Grete, seit zwei Jahren lebe ich nun am Meer, weit weg von Berlin. Die Sonne scheint jeden Tag, aber ich fühle mich oft fremd. Mein letzter Roman ist in Amsterdam erschienen, doch in Deutschland darf ihn niemand kaufen. Ich schreibe weiter auf Deutsch, obwohl hier fast niemand meine Sprache versteht. Abends treffe ich andere Emigranten im Café am Hafen. Wir diskutieren über Politik und warten auf Nachrichten aus der Heimat. Manchmal frage ich mich, ob ich Berlin jemals wiedersehen werde. Schreib mir bald! Dein Paul
Lettre fictive écrite pour ce cours ; Paul est un personnage inventé.
Cette lettre résume les thèmes de l’exil : la distance (weit weg von Berlin), le sentiment d’être étranger (ich fühle mich fremd), la langue maternelle et l’espoir du retour. Remarquez aussi la subordonnée introduite par ob : le verbe conjugué werde se place à la fin.
Achtung !
Ne confondez pas l’exil et die innere Emigration, « l’émigration intérieure ». Cette expression désigne des auteurs restés en Allemagne, qui se sont tus ou ont écrit sans soutenir le régime. Après 1945, le débat entre exilés et « émigrés de l’intérieur » a d’ailleurs été vif.
Wortschatz
| Deutsch | Français |
|---|---|
| das Exil | l’exil |
| ins Exil gehen | partir en exil |
| der Emigrant, -en / die Emigrantin, -nen | l’émigré, l’émigrée |
| emigrieren, auswandern | émigrer |
| fliehen, floh, ist geflohen | fuir |
| die Flucht | la fuite |
| der Flüchtling, -e | le réfugié |
| die Heimat | la patrie, le pays natal |
| das Heimweh | le mal du pays |
| die Sehnsucht | la nostalgie, le désir ardent |
| die Fremde | l’étranger (les pays lointains) |
| fremd | étranger, inconnu |
| die Grenze, -n | la frontière |
| das Visum, die Visa | le visa |
| der Pass, die Pässe | le passeport |
| die Staatsangehörigkeit | la nationalité |
| ausbürgern | déchoir de sa nationalité |
| der Verlag, -e | la maison d’édition |
| erscheinen, erschien, ist erschienen | paraître |
| die Muttersprache | la langue maternelle |
| der Leser, – / die Leserin, -nen | le lecteur, la lectrice |
| die Rundfunkrede, -n | le discours radiophonique |
| zurückkehren, ist zurückgekehrt | revenir |
| die Rückkehr | le retour |
| die innere Emigration | l’émigration intérieure |
| das Schicksal, -e | le destin |
Raconter un parcours d’exil en allemand
Pour raconter une vie, on utilise le prétérit. Ensuite, pour marquer l’ordre des événements, on emploie als, nachdem et le plus-que-parfait.
Règle
- als introduit un fait unique dans le passé : Als Hitler an die Macht kam, verließ Brecht Berlin.
- wenn exprime une répétition dans le passé : Immer wenn ein Brief kam, freute sich Paul.
- nachdem + plus-que-parfait marque l’antériorité : Nachdem er Deutschland verlassen hatte, lebte er in Dänemark.
Règle
Le plus-que-parfait se forme avec hatte ou war + participe II. Les verbes de déplacement et de changement d’état prennent sein : er war geflohen, sie war emigriert, er war zurückgekehrt.
Enfin, pour vous mettre à la place d’un exilé, utilisez le subjonctif II : Wenn ich fliehen müsste, würde ich nur einen Koffer mitnehmen. Cette tournure est très utile à l’oral, par exemple pour commenter une photo ou un témoignage.
À retenir
- À partir de 1933, des milliers d’artistes fuient le nazisme ; beaucoup sont déchus de leur nationalité.
- Thomas Mann parle aux Allemands depuis l’exil grâce à la radio, à partir de 1940.
- Bertolt Brecht passe par le Danemark, la Suède, la Finlande et la Californie avant de s’installer à Berlin-Est.
- Marlene Dietrich refuse de revenir en Allemagne et chante pour les soldats américains.
- L’Exilliteratur s’écrit loin des lecteurs, souvent en allemand, entre Heimweh et engagement.
Pour aller plus loin
Entraînez-vous avec les exercices sur l’exil des artistes, puis testez-vous grâce au QCM sur les artistes en exil. Pour comprendre pourquoi ils sont partis, relisez le cours sur l’art sous les dictatures. Enfin, élargissez le sujet avec le cours sur l’émigration germanophone.

