
Dans ce cours d’allemand de Terminale, vous découvrez les lieux de mémoire de la Seconde Guerre mondiale, les Erinnerungsorte. D’abord, vous visitez le mémorial de l’Holocauste à Berlin, puis vous apprenez à lire un Stolperstein. Ensuite, vous entrez dans un ancien camp devenu mémorial. Enfin, vous vous demandez comment transmettre cette mémoire quand les derniers témoins disparaissent.
Les lieux de mémoire en Terminale : un thème d’allemand essentiel
Entre 1933 et 1945, le régime national-socialiste persécute et assassine des millions de personnes. Environ six millions de Juifs d’Europe sont tués : c’est la Shoah, en allemand der Holocaust ou die Shoah. Les Sinti et les Roms, les opposants politiques, les homosexuels et les personnes handicapées font aussi partie des victimes.
Après la guerre, l’Allemagne met longtemps à regarder ce passé en face. Pourtant, elle a peu à peu construit une culture du souvenir, die Erinnerungskultur. Elle ne célèbre pas des victoires : elle rappelle des crimes commis en son nom. Ainsi, depuis 1996, le 27 janvier est en Allemagne une journée de commémoration des victimes du national-socialisme. Cette date rappelle la libération du camp d’Auschwitz, en 1945.
Définition
Un Erinnerungsort est un lieu de mémoire : un endroit qui rappelle un événement du passé. L’allemand distingue trois mots. Das Denkmal est un monument en général. Das Mahnmal vient du verbe mahnen, avertir : il met en garde pour que le crime ne se répète pas. Enfin, die Gedenkstätte est un lieu historique transformé en mémorial, souvent avec un musée.
Das Denkmal für die ermordeten Juden Europas
Au cœur de Berlin, tout près de la porte de Brandebourg, s’étend un immense champ de stèles grises. C’est le Denkmal für die ermordeten Juden Europas, le Mémorial aux Juifs assassinés d’Europe. Le Bundestag a décidé sa construction en 1999. Le monument a été inauguré en mai 2005, soixante ans après la fin de la guerre.
L’architecte américain Peter Eisenman a imaginé 2 711 stèles de béton, die Stelen, sur environ 19 000 mètres carrés. Elles ont toutes des hauteurs différentes et le sol ondule. Quand on avance, les stèles deviennent plus hautes et la ville disparaît. Beaucoup de visiteurs se sentent alors seuls et désorientés. Le monument ne donne aucune explication directe : chacun l’interprète à sa façon.
C’est pourquoi un centre souterrain, le Ort der Information, complète le champ de stèles. Il présente des destins de familles et des lettres de victimes. Dans une salle, le Raum der Namen, on lit à voix haute les noms et de courtes biographies de personnes assassinées.
Beispiel
Das Denkmal wurde 2005 eingeweiht. (Le mémorial a été inauguré en 2005.)
Es erinnert an die sechs Millionen ermordeten Juden Europas. (Il rappelle le souvenir des six millions de Juifs assassinés d’Europe.)
Das Lager Dachau ist 1945 befreit worden. (Le camp de Dachau a été libéré en 1945 : au parfait passif, worden remplace geworden.)
Die Stolpersteine : des noms sous nos pas
Le mémorial de Berlin est immense. Les Stolpersteine, au contraire, sont minuscules. Ce sont des pavés de 10 centimètres sur 10, recouverts d’une plaque de laiton, die Messingplatte. L’artiste Gunter Demnig a posé le premier à Cologne en 1992. Depuis, plus de 100 000 pierres ont été posées dans de nombreux pays d’Europe.
Chaque pierre est scellée dans le trottoir, devant le dernier domicile choisi librement par une victime. L’inscription commence le plus souvent par Hier wohnte (« Ici habitait »). Viennent ensuite le nom, l’année de naissance et le destin de la personne : déportée, assassinée, réfugiée à l’étranger. Ainsi, la mémoire n’est plus enfermée dans un musée. Elle entre dans la rue, sur le chemin de l’école ou du travail.
Le nom du projet joue sur le verbe stolpern, trébucher. On ne trébuche pas vraiment sur ces pierres, car elles sont au niveau du sol. En revanche, le regard « trébuche » sur le laiton brillant. Pour lire le texte, il faut se pencher : ce geste ressemble à une forme de respect. Toutefois, le projet a aussi ses critiques. Certains trouvent choquant que des passants marchent sur des noms de victimes.
Vom Lager zur Gedenkstätte : les camps devenus mémoriaux
Dès mars 1933, quelques semaines après l’arrivée de Hitler au pouvoir, le régime ouvre un camp de concentration à Dachau, près de Munich. D’autres suivent, comme Sachsenhausen, près de Berlin, ou Buchenwald, près de Weimar. À Bergen-Belsen, en Basse-Saxe, Anne Frank meurt en 1945, quelques semaines avant la libération du camp. Les grands camps d’extermination, comme Auschwitz-Birkenau, se trouvaient dans la Pologne occupée.
Après la guerre, plusieurs anciens camps deviennent des mémoriaux, les KZ-Gedenkstätten. Par exemple, celui de Dachau ouvre en 1965. Les visiteurs y voient la place d’appel, der Appellplatz, des baraques reconstruites et des expositions. Sur le portail, l’inscription „Arbeit macht frei“ rappelle le cynisme du régime. À Berlin, la Topographie des Terrors occupe quant à elle le site de l’ancien siège de la Gestapo et de la direction de la SS : elle montre l’histoire des bourreaux.
Aujourd’hui, de nombreuses classes allemandes visitent un de ces lieux pendant leur scolarité. La visite est souvent préparée en cours d’histoire. Ensuite, les élèves en parlent avec leurs professeurs. Le but n’est pas de culpabiliser les jeunes. Il s’agit plutôt de leur faire comprendre comment une démocratie a pu basculer dans la dictature.
Règle
Pour parler de la mémoire, l’allemand utilise deux constructions. D’abord, erinnern an + accusatif : Die Steine erinnern an die Opfer. Ensuite, gedenken + génitif, plus soutenu, qui signifie « honorer la mémoire de » : Am 27. Januar gedenkt der Bundestag der Opfer des Nationalsozialismus. Notez que gedenken s’emploie sans préposition.
Règle
Pour exprimer un but, employez um … zu + infinitif quand le sujet ne change pas, et damit quand il change. Par exemple : Ich bücke mich, um die Namen zu lesen. Wir erzählen diese Geschichten, damit niemand sie vergisst.
Erinnern ohne Zeitzeugen : transmettre la mémoire
Pendant des décennies, des survivants, die Überlebenden, sont venus raconter leur histoire dans les écoles. Ces témoins de l’époque, die Zeitzeugen, donnaient un visage aux chiffres. Or, plus de quatre-vingts ans après la fin de la guerre, ils sont de moins en moins nombreux. Bientôt, il n’y en aura plus.
Comment transmettre alors cette mémoire ? D’abord, de nombreux témoignages ont été enregistrés en vidéo. Ensuite, les mémoriaux proposent des visites guidées, des ateliers et des ressources numériques. Enfin, beaucoup d’élèves mènent eux-mêmes l’enquête. Par exemple, ils cherchent dans les archives l’histoire des personnes dont le nom figure sur un Stolperstein de leur quartier. Chaque année, autour du 9 novembre, date des pogroms de 1938, des habitants nettoient les pierres et y déposent des bougies ou des fleurs.
Wortschatz
| Deutsch | Français |
|---|---|
| die Erinnerung | le souvenir, la mémoire |
| die Erinnerungskultur | la culture du souvenir |
| der Erinnerungsort, die Erinnerungsorte | le lieu de mémoire |
| das Denkmal, die Denkmäler | le monument |
| das Mahnmal, die Mahnmale | le monument qui met en garde |
| die Gedenkstätte, die Gedenkstätten | le mémorial (lieu historique) |
| die Stele, die Stelen | la stèle |
| der Stolperstein, die Stolpersteine | le pavé de mémoire |
| einen Stein verlegen | poser un pavé |
| die Messingplatte | la plaque de laiton |
| das Opfer, die Opfer | la victime |
| der / die Überlebende | le / la survivant(e) |
| der Zeitzeuge, die Zeitzeugin | le témoin, la témoin de l’époque |
| das Konzentrationslager (das KZ) | le camp de concentration |
| verfolgen | persécuter |
| die Verfolgung | la persécution |
| deportieren | déporter |
| ermorden | assassiner |
| der Völkermord | le génocide |
| befreien | libérer |
| die Befreiung | la libération |
| gedenken (+ Gen.) | honorer la mémoire de |
| erinnern an (+ Akk.) | rappeler |
| weitergeben (gibt weiter, gab weiter, hat weitergegeben) | transmettre |
| die Verantwortung | la responsabilité |
| nie wieder | plus jamais |
Achtung !
Das Opfer est toujours neutre, même quand il désigne une femme : Sie war ein Opfer des Nationalsozialismus. Par ailleurs, Überlebende se décline comme un adjectif : der Überlebende, mais ein Überlebender. Enfin, ne confondez pas gedenken (+ génitif, sans préposition) et erinnern an (+ accusatif).
Côté prononciation, deux mots reviennent souvent. D’abord, Stolpersteine [chtol-per-chtaï-ne] : le « st » en début de syllabe se prononce « cht ». Ensuite, Zeitzeugen [tsaït-tsoï-guen] : le « z » allemand se prononce toujours « ts ».
À retenir
- L’Allemagne a construit une Erinnerungskultur qui rappelle ses propres crimes.
- Le mémorial de Berlin, inauguré en 2005, compte 2 711 stèles et un centre d’information souterrain.
- Les Stolpersteine rappellent chaque victime devant son dernier domicile choisi librement.
- Plusieurs anciens camps, comme Dachau, sont devenus des KZ-Gedenkstätten.
- Sans témoins, la mémoire passe par les enregistrements, les mémoriaux et les recherches des élèves.
- Outils utiles : erinnern an + Akk., gedenken + Gen., um … zu, damit.
Pour aller plus loin
Pour vous entraîner, faites les exercices sur les lieux de mémoire, puis testez-vous avec le QCM sur les lieux de mémoire. Pour un autre regard sur la mémoire allemande, lisez le cours sur les traces du Mur de Berlin. Enfin, le chapitre sur l’Aufarbeitung, le travail sur le passé, permet de revoir les bases de ce thème.

